La vigueur de dollar canadien et l'exportation

La vigueur persistante de dollar canadien cause évidemment bien des maux aux exportateurs canadiens et bon nombre d'entre eux cherche à savoir quand reviendront les jours plus heureux. Il faut comprendre d'emblée que de tenter de prévoir l'évolution d'une devise n'a rien de très scientifique et comme l'avait si bien dit l'ancien président de la Réserve Fédérale Américaine, Allan Greenspan, nous aurions autant de succès de le faire à l'aide d'une pièce de 25 cents.

Ce qu'il faut cependant retenir du passé est que rien n'est éternel et le cours des devises n'y fait pas exception. Combien d'entre nous avions l'impression à la fin des années 90 alors que le $CAD avoisinait 0.6400 $US, que la perspective d'une devise plus forte était utopique. À la lumière de l'évolution de la devise depuis, il serait mal vu d'appliquer une logique similaire aujourd'hui. Ceci étant dit, il est important de saisir que la force du huard a d'abord été initiée par une faiblesse généralisée du $US et que c'est à partir de cet élément que devrait s'initier un certain retour du balancier.

Les obstacles à un éventuel raffermissement du billet vert sont évidemment encore nombreux aux États-Unis en commençant par l'emploi qui tarde toujours à redémarrer. La maigre création de 54 000 nouveaux postes en mai dernier portant à 821 000 le cumulatif annuel et la hausse du taux de chômage à 9.1 % le démontrent assez bien. À cela se rajoute les débats politiques entourant la gestion des finances, les menaces de décote et naturellement, tout ce qui se brasse ailleurs sur le globe et qui vient rajouter aux incertitudes de reprise économique. Considérant que 70% des exportations de la province sont destinées aux marchés américains, il n'est pas surprenant de retrouver la gestion de la devise parmi les préoccupations prioritaires des entrepreneurs.

Que faire donc dans l'optique où tout semble indiquer que nous aurons à composer encore un certain temps avec un $CAD fort ? De nombreux exportateurs ont opté pour la patience, préférant accumuler dans leur coffre les $US en attente de jours meilleurs qui tardent toujours à venir. Une solution temporaire qui peut coûter cher si à l'inverse notre compte d'opération est en territoire négatif. Dans un tel cas, l'utilisation d'un « swap » serait toute désignée.

L'autre alternative, plus conseillée celle-là, est la gestion active du risque de change qui permet de sécuriser des marges qui sont, dans le contexte actuel, passablement plus difficile à dégager. Pour ce faire, de nombreux produits financiers sont disponibles comme par exemple le contrat à terme qui demeure un outil simple et économique pouvant nous permettre de dormir sur nos deux oreilles.

Évidemment, les plus chanceux pourront également parvenir à rajuster leur modèle d'approvisionnement en réglant leurs fournisseurs à même leurs liquidités américaines. En procédant de la sorte, on vient ainsi réduire notre vulnérabilité aux fluctuations de la devise. Cependant, force est d'admettre qu'une telle option demeure intéressante seulement dans la mesure où elle est réalisable.

Peu importe l'approche choisie, il est essentiel pour l'entreprise de résister aux comportements spéculatifs qui vont à l'encontre de sa mission. Bien que l'on dise à répétition que l'espoir vient à bout de bien des malaises, dans le monde financier il en est souvent la cause.

Stephane Goulet
Banque Laurentienne du Canada, Marchés Financiers
Directeur, Cambiste Services Corporatifs

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